"Je parle un langage de décombres
où voisinent les soleils et les platrâs"
Aragon. Traité du style.
Ce texte servira de
présentation à l'exposition des photos de
Christophe Iaïchouchen lors du festival " Un jour
à Bordeaux " organisé par Noir Désir
dans l'enceinte de la gare d'Orléans.

14 juin 1997, « Un jour à Bordeaux »
: 30 000 personnes se sont retrouvées Gare d'Orléans
à l'initiative de Noir Désir pour une journée
mémorable
PHOTO PHILIPPE TARIS |
Ils ne se bousculaient pas encore les amoureux
de La Bastide que Christophe Iaïchouchen faisait déjà
partie de ceux qui tentaient de redonner à ce quartier,
victime d'une politique désastreuse, la vie qu'il avait
connue.
A plusieurs reprises, entre l'hiver 95 et l'été
96, il s'est rendu Gare d'Orléans, seul ou accompagné,
dans le seul but de faire partager sa passion. Les photographies
qu'il a ramenées de ses véritables expéditions,
organisées dans un périmètre restreint, apportent
un témoignage capital, même s'il se défend
d'en avoir eu la volonté, sur ce que fut l'atmosphère
de ce quartier, peu de temps avant qu'il ne soit définitivement
rasé.
La plupart des lieux photographiés par
Christophe I. à cette époque n'existent plus désormais
et ses clichés sont les seules traces qui nous restent
de cet univers inquiétant et fantastique qui s'était
développé en marge de la ville. Grâce à
lui, la mémoire est à jamais gardée de cette
vie interlope, de ces squats où fleurissaient les graffiti,
de ce terrain de jeu onirique où traînaient les gamins
un peu libidineux des cités voisines.
Mais outre l'intérêt involontairement
historique de ces photographies, ce qui frappe en premier lieu
lorsqu'on les examine un peu plus attentivement, c'est que la
vie y tient une place importante. On aperçoit presque toujours
quelqu'un, des enfants, une ombre, un pied, parfois même
un fantôme. Christophe I. n'est pas fasciné par la
désolation. Ce qui l'attire plutôt, c'est le silence
pesant de ces lieux marginaux qu'une ville bien-pensante refoule
sur l'autre rive de son fleuve, c'est que, même dans cette
atmosphère d'apocalypse, la vie manifeste sa présence
tenace.
Or justement, c'est à mon sens le contraste
saisissant entre le sentiment étouffant de dévastation
et la présence systématique d'une trace de vie,
aussi ténue soit-elle, qui fait des photos de Christophe
I. l'expression d'une tragédie. Car ce qui se joue ici,
c'est le combat toujours nécessaire de la vie face à
la menace du chaos et de la destruction.
Christophe Manon
En savoir plus sur cet auteur: L'homme
moderne | Le
matricule des anges