« Je parle un langage de décombres où voisinent les soleils et les platrâs » Aragon. Traité du style.

Ils ne se bousculaient pas encore les amoureux de La Bastide que Christophe Iaïchouchen faisait déjà partie de ceux qui tentaient de redonner à ce quartier, victime d’une politique désastreuse, la vie qu’il avait connue.

A plusieurs reprises, entre l’hiver 95 et l’été 96, il s’est rendu Gare d’Orléans, seul ou accompagné, dans le seul but de faire partager sa passion. Les photographies qu’il a ramenées de ses véritables expéditions, organisées dans un périmètre restreint, apportent un témoignage capital, même s’il se défend d’en avoir eu la volonté, sur ce que fut l’atmosphère de ce quartier, peu de temps avant qu’il ne soit définitivement rasé.

La plupart des lieux photographiés par Christophe I. à cette époque n’existent plus désormais et ses clichés sont les seules traces qui nous restent de cet univers inquiétant et fantastique qui s’était développé en marge de la ville. Grâce à lui, la mémoire est à jamais gardée de cette vie interlope, de ces squats où fleurissaient les graffiti, de ce terrain de jeu onirique où traînaient les gamins un peu libidineux des cités voisines.

Mais outre l’intérêt involontairement historique de ces photographies, ce qui frappe en premier lieu lorsqu’on les examine un peu plus attentivement, c’est que la vie y tient une place importante. On aperçoit presque toujours quelqu’un, des enfants, une ombre, un pied, parfois même un fantôme. Christophe I. n’est pas fasciné par la désolation. Ce qui l’attire plutôt, c’est le silence pesant de ces lieux marginaux qu’une ville bien-pensante refoule sur l’autre rive de son fleuve, c’est que, même dans cette atmosphère d’apocalypse, la vie manifeste sa présence tenace.

Or justement, c’est à mon sens le contraste saisissant entre le sentiment étouffant de dévastation et la présence systématique d’une trace de vie, aussi ténue soit-elle, qui fait des photos de Christophe I. l’expression d’une tragédie. Car ce qui se joue ici, c’est le combat toujours nécessaire de la vie face à la menace du chaos et de la destruction.

Christophe Manon

Un jour à Bordeaux

noir désirLe texte de Christophe Manon servira de présentation à l’exposition des photos de Christophe Iaïchouchen lors du festival  » Un jour à Bordeaux  » organisé par Noir Désir dans l’enceinte de la gare d’Orléans.

14 juin 1997, « Un jour à Bordeaux » : 30 000 personnes se sont retrouvées Gare d’Orléans à l’initiative de Noir Désir pour une journée mémorable
PHOTO PHILIPPE TARIS

Christophe Manon

Christophe ManonChristophe Manon codirige les éditions ikko avec Antoine Dufeu. Travaille à un cycle intitulé provisoirement Victoires sur les ténèbres. A publié récemment : La Mamort (avec Michel Valprémy, Atelier de l’Agneau), l’éternité (Dernier Télégramme), Constellations, (Ragage éditeur), Fiat lux, (éditions MIX.). A également collaboré à de nombreuses revues (Fusées, Java, Le Bout des Bordes, Action Poétique, Le jardin ouvrier, Ouste, Boxon, etc.). Depuis 1999, participe régulièrement à des lectures publiques. Dernière en date : « périphérie du marché de la poésie » à la Maison d’Aquitaine, juin 2007.

[0.1-00] sentinelle écoute la sombre des branches au cerveau, le doigt qui dure sur la semelle à grands coups de blafards, les spores se moitent au fond des yeux ; sentinelle s’imbriquent pile la bouse au centre qu’est-il du Clan des Sursautes, mais échoue du cratère et peu germe sans vêle, sans relâche les sphincters et les éclats d’orages entre les dents, toute suinte et s’fange dans la roule d’Issyles-Embryons pour quelques novembres déchirures ;

[0.1-01] sentinelle écoute la sombre, mais d’abord brume et stupeur des ventrailles, des frimas que ses obscures au vent fait onduler ses lierres, les écarlates au clair de lune, les traquenards en contrebas, puis rouge et grimpe dans sa mouche aussitôt faiblir, sentinelle, soulève juste en dessous des chenilles un algue, un cogne et de tensions s’organe au point des quoi, un crève où pierre une brûle de chien, où crépuscule avec

Le matricule des anges, « Le mensuel de la littérature contemporaine »

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