A toi, quartier Queyries, que l’on appelait « Beyrouth »

Il y avait, à Bordeaux, au bord du beau fleuve Garonne, sur la rive droite, juste en face de la prestigieuse place de la Bourse, qui étale depuis le XVIIIème siècle ses façades célèbres élevées grâce à l’argent des armateurs bordelais, un lieu abandonné.

Un lieu qui, au XIXème siècle, fut un puissant quartier de commerce et d’industries, un lieu où s’éleva l’une des premières grandes gares de France, la gare d’Orléans.

Le quai des Queyries.

Lieu repoussant il y a encore vingt ans. Lieu repoussoir, lépreux, envahi par les herbes folles. Lieu cependant qui, dans sa laideur, a su attirer ceux qui savent regarder au delà des apparences. Ceux qui exigent d’une ville autre chose que ce qui se visite ordinairement. Ceux qui fuient l’institutionnel.

Quai des Queyries. Nous ne savions pas que nous étions nombreux à nous y promener. Nous ne savions pas que nous avions là, à portée de main, juste à côté de chez nous, un espace magique où notre imaginaire allait trouver à se nourrir.

Quai des Queyries. Il fallait vaincre sa peur et son dégoût pour arpenter tes rues désertes aux maisons murées et tombant en ruines. Il fallait savoir s’arrêter et observer tes façades de belles pierres blanches, ornées de sculptures élégantes, de mascarons, de ferronneries luxueuses. Il fallait savoir escalader les murailles, passer sous les barbelés, pour pénétrer les secrets de tes usines en ruines. Il fallait…

Il fallait se laisser envahir par le paisible cours du fleuve, qui te longe harmonieusement. Rêver au bord des berges, dans le silence seulement troublé par le chant des oiseaux. Sourire en apercevant l’agitation d’en face. Et enfin, un jour, à force d’y revenir, à force de s’y trouver bien, comprendre que, d’où que nous venions, les uns et les autres, nous étions d’ici. Du quai des Queyries.

Et nous qui nous promenions ici, nous n’y étions pas solitaires. Mais ce n’est pas quai des Queyries que nous nous sommes rencontrés. Et pourtant nous nous sommes trouvés. Alors, peut-être, un jour, nous retournerons quai des Queyries. Tous ensemble. Heureux d’avoir su, grâce à nos photos, garder la mémoire d’un lieu qui aujourd’hui, après avoir été rasé presque en totalité, connaît une nouvelle jeunesse, avec un grand cinéma, un beau jardin botanique, avec la vie qui revient. Car nous ne sommes pas des nostalgiques d’une époque révolue.

Et pourtant, la vie, elle était belle sur ce quai, entre la fin du XVIIIème siècle et les années 1970, avant que les usines et les entreprises ne ferment, avant que les maisons soient abandonnées, avant que l’on oublie ce quartier de Bordeaux, avant…

Alors, nous qui ne sommes que des rêveurs, des poètes, des photographes , nous dédions aussi ce site aux Anciens des Queyries, aux cheminots, à ceux qui, aux siècles passés, ont usé leur vie d’ouvriers dans les usines et les chantiers navals, à ceux qui y sont nés, à ceux qui y sont morts. A ceux qui ont aimé ces berges de Garonne, ces paysages industriels, ces chantiers navals en ruine, ces voies ferrées désaffectées, ces lieux paisibles où rien ne vient troubler la rêverie.

Car aujourd’hui, avec ce site internet, l’histoire de ce faubourg ouvrier rentre enfin dans la légende. Et sa légende, et la magie de ses paysages, vont être connues du monde entier. Il l’a bien mérité, non ?

B. Lacombe

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